L’axe consacré aux littératures du domaine européen du Moyen-Âge au XVIIIe siècle est l’un des axes les plus anciens de l’IRPALL dans la mesure où il répond à une attente forte de toute la communauté universitaire, à savoir offrir un lieu d’échanges scientifiques entre spécialistes de périodes généralement isolés au sein de leur équipe de recherche disciplinaire, qu’il s’agisse de littérature française ou de littératures étrangères.
Dans cette perspective, trois actions ont été conduites au cours du dernier programme quinquennal :
- Livres hispaniques à Toulouse
- La fabrique du texte : aspects du travail d’édition (Moyen Âge – XVIIe siècle)
- GRISELDE : Groupe de Recherche Interdisciplinaire Sur l’Étude des Littératures De l’Europe
Livres hispaniques à Toulouse
Responsable scientifique : Amaia Arizaleta.
Présentation
L’ambition du programme « Livres hispaniques à Toulouse » est de mettre en lumière une parcelle du patrimoine local toulousain, par le biais d’une recherche transversale et pluridisciplinaire qui expliquerait l’impression toulousaine d’incunables en langue espagnole, dans ses dimensions littéraires, linguistiques, historiques, géographiques et iconographiques. Les premiers livres imprimés dans la Toulouse de la deuxième moitié du XVe siècle, marquée par ses échanges avec l’Espagne du Nord, sont le parfait témoignage d’une dynamique sociale, économique et culturelle qui constitue les prémices de la modernité.
Manifestations scientifiques
Trois journées d’études se sont tenues, avec publication des actes. Une première a proposé un état de la question, un inventaire précis des livres issus des presses toulousaines durant la période de référence et problématisé l’objet d’étude. Une deuxième étape, en 2011, a fait le point sur ce que l’on savait déjà sur Johan Parix, le plus célèbre des imprimeurs. Ont notamment retenu l’attention les motifs du départ de Parix d’Espagne et de son installation à Toulouse, l’examen de son ‘carnet d’adresses’ et de ses choix éditoriaux. Et le rôle d’Étienne Clébat, moins connu, a été démontré par la Conservatrice de la Bibliothèque de Toulouse, qui a mis en rapport des éléments typographiques et iconographiques jusqu’ici ignorés des spécialistes. La troisième et dernière étape a été consacrée à Henri Mayer sur lequel des informations nouvelles ont été présentées, relatives à sa publication de traités de démonologie et d’encyclopédies, et à son traducteur, Vicente de Burgos, probablement lié à l’élite des marchands espagnols installés à Toulouse. L’action des imprimeurs allemands était donc en synergie avec le groupe d’Espagnols lettrés qui ambitionnaient de créer un lieu culturel hispanique à Toulouse.
Retombées
Ce programme allie la recherche fondamentale sur le patrimoine littéraire avec la diffusion virtuelle des premiers acquis scientifiques, qui seront réunis dans la Bibliotheca Tholosana Hispanica, hébergée par le site numérique Ros@lis, de la Bibliothèque de Toulouse, en cours d’élaboration. Il a été articulé avec le projet international « Rescrituras y relecturas ; un catálogo de obras medievales impresas en castellano hasta 1600 » (FFI2012-32259), financé par le Ministère d’Economie et de Compétitivité d’Espagne et porté par l’Université de Zaragoza (responsable, María Jesús Lacarra) (2014-2016) : Comedic.
Cela a conduit notamment à trois masters, sur les incunables hispaniques (M1) :
- Mélodie Soulie : « Architectures imaginaires dans les incunables hispaniques de la BMT »,
- Océane Gauthier, « L’iconographie du Libro de propiedades de las cosas« ,
- Charline Biette, « Les cinq sens dans le Libro de propiedades de las cosas« .
La fabrique du texte : aspects du travail d’édition (Moyen Âge – XVIIe siècle)
Responsables scientifiques : Florence Bouchet et Jean-Luc Nardone.
Présentation
Ce programme s’est concentré sur les méthodes d’édition des textes du Moyen Âge, de la Renaissance et du XVIIe siècle, dans une perspective doublement pluridisciplinaire :
- il a pris en compte des époques et des aires linguistiques différentes : médiolatin, ancien et moyen français, occitan, norrois, espagnol et italien de la Renaissance.
- l’édition d’un texte ancien est une entreprise pluridisciplinaire qui requiert une palette de compétences issues de disciplines spécialisées : paléographie, codicologie, histoire du livre ancien, linguistique historique, information historique.
Manifestation scientifiques
Le format choisi a été celui de l’atelier (workshop) qui permettait de mettre l’accent sur la pratique éditoriale, à raison de deux rencontres par année universitaire à partir de 2016-2017 (initialement annoncée pour deux ans, la formule s’est prolongée sur tout le contrat). Chaque séance était partagée en deux temps : d’abord trois exposés d’études de cas, donnant lieu à une discussion collective ; puis des travaux pratiques à partir de présentations faites par les étudiant.e.s (doctorat, master) d’un aspect de leur travail de recherche.
Retombées
Cet espace de travail collectif a permis un partage d’expériences très stimulant entre collègues issus de différents laboratoires de l’UT2J (Il Laboratorio, PLH, CEIIBA), collègues invités d’autres universités et (systématiquement) doctorants. Des étudiants de Master (parfois même de L3) ont également assisté aux séances et pu s’initier aux problématiques éditoriales. Les collègues invités ont apprécié l’originalité de ce cadre de travail (plus souple qu’un colloque et non assujetti à des obligations de publication). L’accent a été mis sur la formation par et à la recherche en direction des doctorant.e.s (atelier accrédité par l’école doctorale Allph@) et des étudiant.e.s de master.
GRISELDE : Groupe de Recherche Interdisciplinaire Sur l’Étude des Littératures De l’Europe
Responsable scientifique : Jean-Luc Nardone.
Présentation
Dans le temps précis d’un programme quinquennal, le groupe GRISELDE s’attache à faire travailler ensemble, sur un sujet de recherche pointu, plusieurs spécialistes d’aires linguistiques différentes qui sont amenés à produire une traduction inédite. Ces travaux donnent ensuite lieu à une publication.
Dans cadre du plan en cours, Il s’agit donc ici d’un projet nouveau dans le prolongement des précédents. On notera qu’il s’inscrit en particulier dans la suite du colloque international de l’IRPALL, L’étoffe des ambassadeurs.
Contexte
Au début du XVIIe siècle, l’Espagne et l’Angleterre traversent l’une et l’autre une période où le vrai pouvoir n’est plus aux mains des monarques mais de leurs conseillers et c’est dans ce contexte chaotique et difficile qu’est conçu le projet qui nous intéresse ici, à savoir un mariage entre le second fils de Jacques Ier, Charles d’Angleterre (1600-1649) alors déjà prince de Galles après de le décès de son aîné Henri-Frédéric (1612) et la sœur de Philippe IV, Marie-Anne d’Autriche (1608-1646), infante d’Espagne. Tandis que les historiens anciens ont rapporté par le menu l’histoire et les tractations liées à ce projet de mariage, lorsque l’on cherche les traces de cet événement capital dans l’histoire de l’un ou l’autre pays, on se heurte de nos jours à un silence convenu de la plupart des historiens. On imagine aisément que les historiens ont tendance à étudier l’histoire qui a eu lieu plutôt que celle qui a failli se produire et l’on rencontre plutôt le récit de vies de couples royaux illustres : l’échec du mariage a sans doute entraîné au mieux un désintérêt pour l’épisode, au plus, un regard amusé. Or, les documents dont nous disposons démentent avec force que l’histoire du mariage raté être Charles et Marie-Anne ne fut qu’une péripétie : long voyage du prince héritier et d’un Buckingham au faîte de sa gloire, tentative historique d’alliance entre protestants et catholiques, réceptions somptueuses en l’honneur des Anglais à Madrid et échanges époustouflants de présents entre les deux puissances. Il n’y a là rien d’anodin dans la permanence du prince de Galles en Espagne de mars à août 1623, cinq mois durant.
Ici l’approche disciplinaire, comme dans les travaux du groupe GRISELDE, est essentiel à l’interprétation du sujet. En croisant les regards politiques et religieux sur ce non-événement majeur du XVIIe siècle, chacun des participants complète le regard des autres. En outre, les textes choisis croisent la littérature (poésie et théâtre) et l’écriture politique (rapport d’ambassade, pamphlet) pour permettre de mesurer leurs influences réciproques.
Publications
- L’histoire de Griselda. Une femme exemplaire, deux volumes parus aux Presses Universitaires du Mirail, Collection « Interlangues. Textes » respectivement en 2000 (Prose et poésie, XIVe-XVIIe s., 341 p.) et 2001 (Théâtre, XVIIe s., 460 p., réimprimé en 2013).
- La représentation de Jérusalem et de la Terre sainte dans les récits de pèlerins européens au XVIe siècle, Paris, Honoré Champion, 2007, 573 p+CDRom ;
- Soliman et la prise de Rhodes (1522), Cahors, La Louve, 2010.