Don Giovanni – La course au bonheur libertin

Cinémusique
27 novembre 2025
de 09h à 17h
Opéra National Capitole Toulouse

« Ne voyez-vous pas, mon idole, que je ne fais que me divertir ? ». Ces mots prêtés à Don Giovanni par Lorenzo da Ponte sonnent au premier abord comme une excuse, mais en se dédouanant de la sorte, cette figure mozartienne de Don Juan affirme un droit au bonheur, librement redéfini contre les valeurs morales de son époque. Le droit à la liberté, à la jouissance, au plaisir sans limite, à la dévoration de la vie et de ses objets aimables en tout lieu… On ne sait trop si c’est le libertin comme modèle ou le libertinage comme élan qui inspire, fascine ou révulse le plus. Faut-il rejeter Don Juan en tant qu’individu ou pour ce qu’il est devenu ? Et si tout cela n’était que vaine argutie, car la notion même du bonheur selon le libertin nous échapperait, ce dernier ayant toujours une longueur d’avance dans sa course sur notre piétinement moralisateur ?

Si braver les interdits relève du crime, serait-il pour autant permis de décréter contre le libertin que sa liberté est une anarchie, sa jouissance une perversion et son plaisir un sadisme ? Les victimes du libertin, chez Mozart et tous les autres (Tirso de Molina, Molière, Pouchkine, Byron…), s’emportent à grands cris contre leur Don Giovanni, l’accusant de scélératesse et de perfidie. Il leur joue trop de tours pour ne pas en être légitimement excédées. Mais l’accuser de traîtrise, d’être un traditore, est plus incisif. Manquerait-il effectivement aux valeurs seigneuriales de la noblesse, à la droiture morale de la religion et au profil bas d’une insertion sociale plus discrète, que tout cela serait bien balayé par l’exigence du bonheur. Comment être qualifié de traître quand on se lance dans une course au bonheur, dans un élan toujours fidèle à son but désigné ? En quoi les dommages collatéraux devraient l’emporter en autorité sur un libertin, bien qu’ils soient nombreux, mille et trois donne et donzelle rien qu’en Espagne ?

L’audace de choisir le bonheur se pose ici comme une antithèse au stoïcisme, l’élan de la course étant tel qu’il n’y a pas de place pour le débat : « Change de vie ! » / « Laisse-moi manger ». La supplique morale de Donna Elvira tombe à plat, Don Giovanni ayant toujours un pas d’avance dans sa course, même en plein souper. Une course, une fuite possiblement. La force mythologique de la figure du libertin est de toujours marcher sur une crête en habile funambule, évitant de chuter soit vers l’absurde soit vers l’immoralité de ce jusqu’au-boutisme. Les approches historiques, littéraires et musicales proposées par les chercheurs réunis à l’occasion de cette journée d’étude tenteront d’éclairer cette course sur le fil vers le bonheur dans le contexte du XVIIIe siècle et des premières dérives romantiques.

Journée d’étude organisée par l’Institut IRPALL de l’Université de Toulouse Jean Jaurès (responsabilité scientifique, Michel Lehmann) et l’Opéra national du Capitole de Toulouse (direction artistique, Christophe Ghristi).

Partenaire de cette activité