La bohème de Puccini – Vues et vies parisiennes en scène

Cinémusique
20 octobre 2022
de 09h à 17h
Opéra National Capitole Toulouse

Tableau pittoresque, le deuxième acte de La Bohème de Puccini déroule sur scène une tranche de vie urbaine. Paris, le Quartier latin, un lacis de rues, des restaurants, la veille de Noël. C’est d’abord un décor, un peu cliché comme une carte postale mais élaboré comme une peinture. Un décor animé car une foule s’y promène, une cohue aussi, tant les personnages principaux de l’intrigue y sont engloutis. Un tableau vivant, théâtral et spectaculaire construit pour étonner le public par la profusion des moyens  (figurants, costumes, accessoires). Un tableau sans enjeu dramatique puissant car l’intrigue se limite à l’anecdote. Tableau musical enfin, qui semble pourtant oublier certaines recettes de l’opéra : le grand air, le concertato, le grand morceau choral…Entre l’ouverture et la fermeture du rideau de scène, ces vingt minutes de spectacle correspondent à vingt minutes de vie écoulée, sans ellipse ni aucune suspension lyrique du temps. Tableau réaliste – et conséquemment sociologique – d’une vie de quartier parisien, d’une vie de bohème, l’œuvre de Puccini offre aux chercheurs réunis par l’Institut IRPALL de l’Université de Toulouse Jean Jaurès, en partenariat avec l’Opéra national du Capitole, spécialistes en musicologie, littérature et histoire de l’art, l’occasion d’interroger ce qui fait réalisme sur la scène et dans quelles conditions. En effet, qu’en est-il de l’imitation, de l’authenticité, mais aussi de l’esthétique et de son pouvoir poétique, quand il ne s’agit malgré tout que d’une représentation, c’est-à-dire d’une vision et d’une lecture du monde ? La vogue du réalisme, à laquelle se rattachent naturalisme et vérisme, a entraîné dans son sillage littérature, peinture et théâtre qui réfléchissent plus qu’ils ne renvoient des images de vie, de sorte que ce même réalisme se goûte encore davantage à l’aune des efforts que chaque expression artistique doit fournir elle-même pour se montrer pleinement efficace dans cette entreprise particulière de miroir. Puccini, comme Giordano, Mascagni, Charpentier ou Bruneau, nous propose certainement, en guise d’expérience réaliste, non pas l’exploit de copier la vie, mais d’effectuer le renouvellement des discours artistiques mis au défi d’une proximité avec le monde.

Journée d’étude organisée par l’Institut IRPALL de l’Université de Toulouse Jean Jaurès et l’Opéra national du Capitole sous la responsabilité scientifique de Michel Lehmann.

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