Goethe consacra une majeure partie de sa vie à l’entreprise de son œuvre littéraire inspirée de la légende de Faust, nous offrant un thème moteur pour notre civilisation. De 1772 jusqu’à sa mort en 1832, Goethe compose, remanie, étend, développe et certainement doute, affirme, ose, à l’instar de son personnage mythique. L’écrivain est porté par une puissance de création dont il livre un reflet saisissant à travers Faust. Depuis la publication initiale du Faust, ein Fra gment de 1790, Goethe donne le sentiment d’être lui-même emporté par la force vitale du savant médiéval, une pulsion continue, dévorante et ambitieuse. De version en version, de partie en partie, l’opus goethéen révèle et libère la pulsion créatrice, instinctive et démiurgique des générations à suivre. Il lègue aux artistes, aux auteurs et aux visionnaires du XIXe siècle naissant un singulier élan de modernité qui n’a toujours pas encore atteint son extinction. L’Institut IRPALL et l’Opéra national du Capitole avaient déjà consacré une journée d’études à la génération du premier relais, celle de Nerval, Berlioz et Gounod1. Avec les représentations de Mefistofele de Boito à l’affiche, l’occasion est donnée d’observer le prolongement de cet élan de modernité faustien encore plus en aval, jusqu’à notre temps présent. Certes, les chercheurs réunis pour cette 36e édition proposeront de travailler sur des adaptations de la légende. Mais dans la mesure où la version goethéenne n’est pas systématiquement convoquée comme la source d’inspiration et que de nouveaux mediums artistiques entrent en jeu, comme le cinéma, d’autres perspectives pourront être dégagées. De la fin du siècle romantique à nos jours, les reprises faustiennes mettent plus en lumière les marqueurs de cette puissance de vie, clamée par Faust et caricaturée par Méphisto, au détriment des seules conquêtes amoureuses du vieux docteur rajeuni. On redécouvre ainsi au passage que la question de la modernité accompagne le mythe de Faust et qu’elle occupe le centre de la scène avec son cortège de préoccupations : le renouvellement, l’invention, la naissance-destruction, le prix de la violence inévitable, le doute profond à l’égard de l’idéalité.
Journée d’étude organisée par l’Institut IRPALL de l’Université de Toulouse Jean Jaurès et l’Opéra national du Capitole sous la responsabilité scientifique de Michel Lehmann.